Le fleuve Saint-Laurent en changement : Essipit se mobilise
- 27 mai
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Dernière mise à jour : il y a 5 heures
Les océans, les mers et les fleuves sont essentiels à la vie humaine. Ces grands écosystèmes, en plus de contribuer aux cycles de régulation du climat de l’ensemble de la planète, abritent des habitats et des ressources dont nous tirons une partie de notre subsistance, favorisant nos pratiques innu-aitun, mais pouvant répondre également aux types de développement choisis par les dirigeants.
Au fil des générations, les Essipiunnuat ont développé un lien spécial avec le fleuve Saint-Laurent et le Saguenay, que ce soit sur leurs rives ou leurs eaux, pour y prélever les ressources nécessaires à leur mode de vie et y effectuer les déplacements favorisant les rencontres, les échanges et l’occupation du territoire.
Maintenir cette proximité telle que nous l’avons connue, encore récemment, nous semble parfois de plus en plus incertaine lorsque nous entendons ou lisons dans les médias que le fleuve change, que les ressources qu’il abrite changent elles aussi et que l’occupation humaine ainsi que la navigation sont sources de contamination, d’accidents et de déversements de produits pétroliers.
Ces modifications du milieu marin et du littoral sont multiples. Elles sont causées par les activités humaines immédiates (ex. : pollution par les plastiques) ou par les changements globaux du climat (ex. : réchauffement et rehaussement des eaux et érosion côtière).
Nos membres et nos entreprises dépendent d’un milieu maritime en santé et résiliant pour leur développement culturel, social et économique. C’est la raison pour laquelle nous agissons concrètement afin de comprendre ce qui se passe au niveau du fleuve (ex. : acquisition et transmission de connaissances sur le homard et les oiseaux migrateurs). C'est aussi pourquoi nous nous impliquons lorsque diverses initiatives nous sont présentées afin d’agir sur le milieu marin. En voici 2 importantes pour lesquelles nous collaborons depuis un certain temps.

Planification spatiale marine (PSM)
En 2021, le ministère des Pêches et Océans Canada (MPO) a lancé une réflexion sur la planification et la conservation marine pour l’estuaire et le golfe Saint-Laurent auprès des communautés autochtones côtières. Différentes organisations¹ autochtones ont participé au fil du temps à des rencontres pour mieux comprendre les enjeux et les outils liés à la conservation et la protection des espaces marins et se sont intéressées aussi à cette dernière.
Selon le MPO, la PSM «est une démarche visant à favoriser l’utilisation des espaces marins de manière durable et équilibrée. En tenant compte des dimensions écologiques, sociales, économiques et culturelles, elle cherche à concilier les intérêts variés des acteurs du milieu marin.»
Une nouvelle gouvernance!
Une approche de gouvernance collaborative et transparente a été proposée par le MPO aux organisations autochtones. Nous avons collaboré à l’élaboration du cadre de fonctionnement d’un éventuel comité d’harmonisation qui rassemblera les communautés autochtones et les ministères fédéraux² concernés par celle-ci.
Le comité d’harmonisation aura pour rôle de définir les grandes orientations et les objectifs de la PSM au Québec. Il veillera aussi à ce que les différents plans spatiaux marins élaborés soient cohérents entre eux et respectent ces objectifs.
Le comité mettra également en place une façon de rassembler et de concilier les différentes sources de connaissances, y compris celles des communautés autochtones. Cela est important pour reconnaître leur savoir et leurs activités liées au milieu marin.
Carte 1

Un secteur géographique a été ciblé pour développer un premier plan spatial marin. Celui-ci s’étend sur la rive nord du Saint-Laurent, de Pointe-des-Monts (à l’ouest) jusqu’à Mingan – Ekuanitshit (à l’est). La baie de Sept-Îles avec son port en eaux profondes où les activités maritimes sont très importantes seraient donc couverts par un premier plan.
Selon le MPO, un plan spatial marin «permet d’harmoniser l’utilisation du milieu marin en décrivant comment, quand et où les activités se déroulent (ex. : la navigation, les pêches, la conservation des ressources naturelles, les activités récréatives, etc.). Il définit, entre autres, différentes zones à usage unique ou multiple qui intègrent des activités maritimes existantes ou projetées dans un secteur géographique ciblé.»
En plus de participer aux travaux du comité d’harmonisation de la PSM, nos représentants d’Essipit ont travaillé localement à un projet baptisé l’atlas maritime d’Essipit qui consiste à collecter, analyser et éventuellement représenter par divers moyens (textes, cartes et photos) les données et informations pertinentes détenues par notre communauté sur l’utilisation et l’occupation du milieu marin et du littoral par les Essipiunnuat. Nous serons donc prêts à collaborer au développement d’un plan spatial marin qui pourrait éventuellement voir le jour sur notre Nitassinan maritime tant dans le fleuve Saint-Laurent que dans le Fjord du Saguenay.
L’atlas maritime d’Essipit comprendra des informations et données sur les pratiques innu-aitun et les savoirs associés notamment en lien avec les pêches alimentaires sociales et rituelles ainsi que les sites d’importance culturelle et patrimoniale. Les activités de pêches commerciales et les différentes entreprises récréotouristiques liées au milieu maritime seront aussi documentées et mises en valeur compte tenu de leur importance sociale et économique pour notre communauté et comme symbole du dynamisme et des valeurs communautaires qui caractérisent notre Première Nation.
Le MPO a annoncé, en mars dernier, que l’initiative de PSM est terminée pour le moment, mais qu’il espère que les démarches amorcées pourront éventuellement se poursuivre dans le cadre d’autres programmes du ministère. De notre côté, les différentes informations recueillies localement nous seront très utiles à court terme dans le cadre de l’initiative portant sur l’évaluation régionale du Saint-Laurent (voir article).
Évaluation régionale du Saint-Laurent
La 2e initiative dans laquelle nous sommes impliquées est portée par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AÉIC) et plusieurs Premières Nations partenaires.
Qu’est-ce qu’une évaluation régionale?
En plus d’encadrer l’évaluation d’impact de projets ponctuels (ex. : construction et opération d’un terminal maritime ou d’un pipeline de transport d’hydrocarbures, etc.), la Loi sur l’évaluation d’impact du Canada, permet au gouvernement du Canada, de concert avec d’autres instances, de réaliser des évaluations régionales qui favorisent la compréhension du contexte régional dans lequel un ou plusieurs projets ponctuels ont lieu (ou peuvent avoir lieu), et ainsi de déterminer les actions à prendre pour la gestion de leurs effets cumulatifs à une échelle régionale.
Les évaluations régionales visent à examiner les effets positifs et négatifs découlant de multiples activités et développements, passés, présents ou envisagés, dans une région géographique déterminée. Elles permettent ainsi de mieux comprendre le contexte global afin d’éclairer, sans remplacer, les futures évaluations d’impact de projets, la planification territoriale et les décisions qui en découlent.

D’où vient l’évaluation régionale du Saint-Laurent?
Le 29 juillet 2020, le Mohawk Council of Kahnawà:ke (MCK) a présenté au ministre de l’Environnement une demande d’évaluation régionale d’une partie du fleuve Saint-Laurent, car il considérait que celui-ci avait atteint un état de dégradation tel qu’il n’était plus possible d’y exercer adéquatement leurs pratiques et leurs droits.
Le ministre de l’Environnement a déterminé, le 27 octobre 2020, qu’il fallait mener une analyse et des activités de mobilisation plus approfondies pour décider de la réalisation d’une évaluation régionale pour le fleuve Saint-Laurent (ERSL). C’est ainsi, qu’entre octobre 2020 et octobre 2024, notre Première Nation a participé à différentes activités de mobilisation autochtone organisées par l’AÉIC et a signifié son intérêt à devenir partenaire d’une éventuelle évaluation régionale.
Quelles sont les grandes étapes de l’évaluation régionale et qui y participent?
De novembre 2024 à mars 2026, une phase de planification importante s’est déployée alors que l’AÉIC et le MCK (coresponsables de la démarche) et 7 autres Premières Nations³ ont formé un groupe de travail qui a collaboré à la rédaction du mandat de l’ERSL et au développement des concepts et méthodologies de travail pour la phase de réalisation qui débutera au printemps 2026. Le territoire retenu pour l’ERSL est présenté à la carte 2.
Carte 2

La phase de réalisation durera entre 24 et 30 mois et sollicitera la participation de différents ministères fédéraux, d’organisations non gouvernementales en environnement, de chercheurs et experts, des partenaires de l’industrie maritime, du public en général et d’autres organisations autochtones.
Pourquoi Essipit s’intéresse-t-elle à l’ERSL?

L’expérience passée d’Essipit lors de consultations portant sur l’évaluation d’impact de certains projets ponctuels a permis de constater des enjeux et lacunes dans les processus en place. Ces derniers doivent être améliorés pour assurer une meilleure prise en compte des droits et des intérêts de notre Première Nation qui reposent sur différents éléments dont :
Un environnement sain (habitats et ressources) favorisant la santé et le bien-être.
L’accès au milieu marin, aux terres et aux ressources essentielles à la subsistance, au développement économique et aux liens sociaux et culturels.
La prise en compte et la protection des milieux fragiles ou de grande biodiversité.
La protection des espèces en situation précaire, etc.
Ces éléments contribuent également à l’acquisition et la transmission des savoirs entre les Essipiunnuat consolidant ainsi nos connaissances et notre culture.
De plus, les milieux littoraux ont été passablement modifiés par l’occupation et les activités humaines des derniers siècles. Le transport maritime et la navigation de toute sorte contribuent aussi au stress de l’écosystème marin et augmentent les enjeux de cohabitation et les risques d’incidents. À ces effets cumulés du passé et du présent, il faut ajouter ceux des activités et projets futurs.
Nous considérons donc important de mieux comprendre les effets cumulatifs et d’améliorer la façon de les évaluer. Une telle démarche permettrait d’obtenir un portrait plus juste de leurs impacts possibles sur notre capacité à exercer nos droits ancestraux liés à innu-aitun.

Par exemple, une meilleure compréhension de ces effets pourrait permettre de documenter comment certains enjeux, comme la présence de contaminants dans le fleuve, peuvent affecter la santé de l’environnement, la qualité des ressources et par conséquent, notre capacité réelle d’exercer notre droit à la pêche. De la même façon, la privatisation importante des terres pourrait, à long terme, restreindre l’accès au territoire et nuire à l’exercice de nos droits ancestraux.
Que des bienfaits!
L’ERSL permettra ainsi de mieux comprendre et gérer de tels effets puisqu’elle a notamment pour objectif de proposer des mesures adéquates (compensation, restauration et suivi) permettant d’améliorer la situation et ainsi éviter une dégradation continue de la région du fleuve Saint-Laurent.
Finalement, notre participation à l’ERSL nous permettra de développer nos capacités, de mieux nous outiller et ainsi de maximiser les retombées positives pour la communauté en vue de futures mobilisations et consultations touchant au fleuve Saint-Laurent et au Saguenay.
[1] Dix Premières Nations (Essipit, Pessamit, Uashat Mak Mani-utenam, Nutashkuan, Mashteuiatsh, Wolastoqiyik Wahsipekuk, Gespeg, Gesgapegiag, Listuguj, Wendake) ; 3 organisations (Agence Mamu Innu Kakussesht (AMIK), Association de gestion halieutique autochtone Mi’gmaq et Wolastoqey (AGHAMW) et Pêcheries Shipek).
[2] Notamment MPO, Environnement et Changement climatique Canada, Transports et Parcs Canada. La collaboration de certains ministères provinciaux est souhaitée.
[3] Premières Nations Mohawk d'Akwesasne et de Kanesatake, Conseil tribal W8banaki (représente Odanak et Wôlinak), Conseil de la Nation Wendat, Première Nation des Pekuakamiulnuatsh, Première Nation des Innus Essipit, Première Nation des Innus de Pessamit, Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk.




